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IMPRESSION, SOLEIL LEVANT - L’histoire vraie du chef-d’œuvre de Claude Monet

08 décembre 2014

Le Musée Marmottan Monet, qui fête ses 80 années d’existence, célèbre à l’occasion d’une exposition temporaire la fameuse toile peinte par Claude Monet : « Impression, soleil levant ». Cette idée insolite commémore de surcroît un anniversaire important dans l’histoire de la peinture : les 140 ans de la première exposition de la Société des Artistes Anonymes (15 avril 1874), où fut présenté ce tableau emblématique qui donne son nom au mouvement impressionniste.
  • La toile, légendaire ornement pictural de la collection permanente du Musée Marmottan, se révèle être le fruit d’une histoire originale que de précieuses recherches vont nous dévoiler.

    De nombreuses questions se sont posées quant à l’élaboration et au parcours du tableau. Et c’est en termes très précis que les différentes investigations nous livrent des réponses pointues, donnant vie à une œuvre qui se positionne de manière cruciale dans l’histoire de l’art. Ce beau périple est parsemé de près d’une soixantaine de toiles de maître, ainsi que de 25 tableaux peints par Claude Monet. S’y ajoutent moult documents et photographies qui apportent des informations concises affinant avec clarté notre propre questionnement.

    Lors des années 1860 – 1870, l’aurore, les balbutiements des premières lueurs du jour, tout comme leur agonie à l’heure où le soleil décline et que la lune apparaît, sont à l’origine d’analyses picturales chères à Eugène Boudin ou encore à J. B. Jongkind. Toutes ces déclinaisons de lumière sur l’immensité du ciel et de l’eau énoncent un travail sur les flux et reflux de l’intensité lumineuse sur les éléments. Ces deux grands peintres sont les maîtres incontestés de C. Monet, et ont une place privilégiée dans l’exposition. Ils ouvrent ce parcours analytique et artistique et ce, en compagnie de trois autres virtuoses : Delacroix, Courbet et Turner (découvert à Londres par C. Monet aux alentours de 1870). Ces influences esthétiques enrichissent notre perception des différentes inspirations du peintre, avec des toiles élaborées avant 1872 qui témoignent des origines du développement créatif de C. Monet.

    L’étape iconographique qui s’ensuit présente « Impression, soleil levant », célèbre tableau du Port du Havre embrumé et vaporeux, qui trône parmi des œuvres picturales et des photographies (dont certaines de Gustave Le Gray) du site portuaire, accompagnées de plans définissant les multiples approches et les distinctions de chaque point de vue. Ces investigations vont même jusqu’à établir les heures des marées, ainsi que celles des levers et couchers du soleil, jusqu’à dater rigoureusement la réalisation de la toile de C. Monet : le 13 novembre 1872 à 7h35. Le peintre se trouvait dans sa chambre d’hôtel et regardait en direction de l’est lorsque cet instant magique et éblouissant, au travers de la brume, a transpercé son regard et sa vision d’artiste.

    Une autre toile de Monet, datant aussi de 1872 et provenant d’une collection privée, nous fait découvrir « Le port du Havre, effet de nuit », œuvre plutôt singulière par sa vision nocturne. Nous pénétrons alors dans une salle où figurent deux grandes oeuvres de Claude Monet : « Le déjeuner » (1868) et « Le boulevard des Capucines » (1873). Le lien avec « Impression, soleil levant» est qu’elles furent toutes trois présentées à la première Exposition des impressionnistes, comme la nommera le journaliste Louis Leroy dans son article pour Charivari. Nous sommes le 15 avril 1874, à l’occasion de la première exhibition de la Société des Artistes Anonymes dans les anciens ateliers du photographe Nadar. Les œuvres présentées, issues de la créativité de près de trente artistes (Courbet, Degas, Pissarro, Sisley, Renoir, Morisot …), objectent les exigences imposées par le Salon Officiel. « Impression, soleil levant » (titre original extrait du livret de l’époque) n’enthousiasme pas les critiques, l’hostilité provenant sûrement d’une approche esthétique extrême en comparaison des deux autres toiles qu’il y présente. Mais l’article de Louis Leroy n’en demeurera pas moins à l’origine de la dénomination du mouvement artistique.

    En mai 1874, le collectionneur Ernest Hoschedé devient le propriétaire d’«Impression, soleil levant » pour une somme de 800 francs. Mais quatre ans plus tard le tableau a un nouvel acquéreur, le docteur Georges de Bellio, pour seulement 210 francs ! Nous percevons bien le désintéressement que procure la toile à cette époque. Et nous pouvons aussi constater que sa désignation a changé : « Impression, soleil couchant ». L’œuvre va alors être léguée par Georges de Bellio à sa fille Victorine, mariée à Eugène Donop de Monchy. Ce dernier insistera à plusieurs reprises pour prêter « Impression… » lors de diverses expositions alors que ce sont d’autres Monet qui lui sont le plus souvent réclamés.

    L’exposition s’intéresse alors à quelques-unes des œuvres issues des collections des propriétaires successifs de l’œuvre de Monet, pour nous stipuler une fois de plus qu’ « Impression… » était loin d’être un élément essentiel de leurs acquisitions. Ce détachement, du fait d’une absence de désir des organisateurs des exhibitions, est un fait récurrent, attesté par de nombreux documents qui nous mènent toujours à cette même conclusion.

    Mais « Impression… » va connaître des rebondissements qui la mèneront vers une destinée plus florissante. Le couple Donop de Monchy décidera d’entreposer le tableau au Musée Marmottan le 1er septembre 1939 en raison de « risque de guerre ». Signalons que le Musée est alors voué aux collections de l’Empire, et que le mouvement impressionniste n’y est absolument pas représenté. « Impression, soleil couchant » sera clandestinement transportée à Chambord, en compagnie des œuvres du Louvre, pour y être camouflée six années. Mais le tableau appartient désormais au Musée Marmottan : Victorine et Eugène Donop de Monchy en font don le 23 mai 1940. L’œuvre a gardé le titre d’ « Impression, soleil couchant » et ne reprendra le terme de « soleil levant » qu’en 1965. Ce n’est qu’à partir des années 1950 que l’œuvre acquerra une certaine notoriété, suite à l’organisation d’expositions consacrées à Claude Monet ou au mouvement impressionniste, ainsi qu’à l’élaboration de publications spécialisées.

    Sur la fin du parcours, où nous redécouvrons des toiles d’Alfred Sisley ou de Camille Pissarro, des tableaux de C. Monet datant des années 1880 témoignent de la plénitude de l’esthétique amorcée lors d’ «Impression, soleil levant », approche encore singulière dans ses réalisations de 1870. Y figurent « La plage à Pourville. Soleil couchant » (1882) ou encore « Soleil couchant sur la Seine, effet d’hiver » (1880).

    Voici donc un itinéraire pictural à la fois enrichissant et esthétiquement fleurissant qui met en exergue la naissance d’une mouvance artistique dont la dénomination est issue de l’œuvre devenue emblématique de Claude Monet : « Impression, soleil levant ». Citons le peintre lui-même qui, en 1897, dit à propos de la première exposition de cette fameuse toile : « J’avais envoyé une chose faite au Havre, de ma fenêtre, du soleil dans la buée et au premier plan quelques mâts de navire pointant… On me demande le titre pour le catalogue, ça ne pouvait vraiment pas passer pour une vue du havre ; je répondis : Mettez impression. »

    Nous aimerions associer cette exposition à celle du Musée du Luxembourg où l’hommage à Paul Durand-Ruel, sur le pari impressionniste, s’affilie divinement bien à l’histoire du chef-d’œuvre de Monet relaté à Marmottan.

    Impression, soleil levant - L'histoire vraie du chef-d'oeuvre de Claude Monet - du 18 septembre 2014 au 18 janvier 2015 - Musée Marmottan Monet - Paris

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EMILE BERNARD - Exposition Au Musée De l’Orangerie

13 octobre 2014
EMILE BERNARD Exposition Au Musée De l’Orangerie


Quel art est-il? Emile Bernard par liberation

Le musée de l’Orangerie nous permet actuellement de découvrir le singulier chemin suivi par Emile Bernard (1868 – 1941), dont l’itinéraire artistique fut jonché d’étapes successives pour le moins étonnantes, voire paradoxales. Une centaine d’œuvres nourrissent ce parcours multiforme qui peut paraître abscons tant l’évolution des choix esthétiques de l’artiste nous interpelle. Car Emile Bernard fut une figure avant-gardiste importante avant de devenir un virulent prosélyte du classicisme.
  • A la fin des années 1880 ce sont le naturalisme et l’impressionnisme qui sont au devant de la scène artistique picturale. Le jeune Emile Bernard réprouve ces mouvements artistiques. A ses yeux ils ne rapportent qu’une représentation réaliste du paysage, en privilégiant l’impression instantanée peinte sur le motif, ou en restituant le monde environnant dans son éphémère authenticité. Il rejette alors cette vision naturaliste et se penche vers le symbolisme, en usant de principes esthétiques clairs : simplifier les formes et tracés, positionner les couleurs en aplats, tout en délimitant clairement les contours par des cernes. Ces procédés de composition, qualifiés de cloisonnisme, s’affiliaient au synthétisme qui se définissait par le refus de représenter la réalité telle quelle, en créant des œuvres grâce à la mémoire, à la souvenance de multiples sensations et à la méditation qui pouvait en résulter. C’est pour cela que cette mouvance fut qualifiée de peinture d’idées.

    A cette époque Emile Bernard est proche de Gauguin, Toulouse Lautrec, Van Gogh. Sa personne devient bientôt indissociable du groupe de Pont-Aven qui incarne un cheminement stylistique conséquent quant à l’émergence du synthétisme. De magnifiques échanges entre Emile Bernard et Gauguin donnent naissance à des œuvres culottées et avant-gardistes, mais la paternité du synthétisme sera finalement attribuée à Gauguin, ce que son ami et condisciple n’acceptera jamais.

    En 1893 Emile Bernard quitte la France et entreprend des voyages en Espagne et en Italie, avant de poser ses valises au Caire. C’est une révélation : il admire le travail des grands peintres de la Renaissance et décide de se tourner vers le classicisme des maîtres anciens devant lesquels il s’émerveille. Il aura même l’occasion de peindre dans des églises des fresques religieuses aujourd’hui détruites.

    Le peintre a la particularité de s’immiscer et voyager de part et d’autre de maintes expressions picturales, sans pour autant les imiter. Il a toujours été opposé au précepte académique qui consistait à copier les maîtres. Il préconisait plutôt d’observer et d’explorer leurs œuvres, afin d’en être imprégné. Puis de créer par soi-même tout en ayant absorbé, sans les reproduire, toutes les subtilités picturales considérées avec enthousiasme.

    Lors de son installation au Caire, où il resta près de dix ans, Emile Bernard va se soumettre à une intense réflexion sur les illustres virtuoses de la Renaissance, afin de capter et retranscrire une beauté idéale, inscrite dans une harmonie et une vision picturale classique. A cette époque l’étendue de sa gamme chromatique diminue en faveur d’une accentuation des différents degrés de luminosité. L’attrait du clair-obscur influence son travail sur la lumière. Il désire s’inscrire dans un paysage à l’ambiance plus poétique.

    C’est en 1904 qu’Emile Bernard revient en France. L’avant-garde dont il fut un fervent défenseur est bien éloignée de ses nouvelles convictions. A contre-courant de cet art moderne qui bouleverse ce début de siècle foisonnant, il préfère se tourner vers le passé, vers un certain conservatisme et un classicisme assumé.

    Emile Bernard fut aussi un grand penseur et critique d’art. Dès les années 80 il côtoya de nombreux artistes et écrivains, fit partie de différents cercles en vogue, et entretint des correspondances avec moult d’entre eux. Comme avec Cézanne, dont les qualités picturales l’enthousiasmaient, et à qui il rendra visite à Aix-en-Provence lors de son retour d’Egypte. Ce qui ne l’empêchera pas d’écrire en 1926 « L’erreur de Cézanne ». Car Emile Bernard théorisa longuement à l’encontre des peintres modernes et entretint maintes controverses avec ses contemporains.

    L’itinéraire de cet homme aux multiples facettes, car il fut aussi graveur, illustrateur d’œuvres littéraires et poète, est pour le moins déroutant. Il s’est évertué à sonder son propre idéal esthétique, d’abord en s’éloignant de ce naturalisme qu’il critiquait ardemment, ce qui l’amena à devenir l’un des précurseurs du synthétisme. Puis il finit par dédaigner les avant-gardes pour s’extraire d’une modernité qui ne lui correspondait plus.

    Emile Bernard est souvent qualifié de « classique parmi les modernes ». L’exposition du musée de l’Orangerie retrace parfaitement ce parcours insolite dans lequel nous saisissons l’évolution spirituelle et stylistique de ce créateur et analyste. Il fut en quête d’une certaine harmonie esthétique, et donna un nouvel éclairage de sa vision du nu classique afin de créer la beauté idéale. Les bouleversements du modernisme devinrent pour lui une dégénérescence artistique.

    En découvrant la peinture d’Emile Bernard, nous percevons le fruit d’une réflexion personnelle obstinée, en perpétuelle évolution. A chacun sa liberté d’affectionner plus particulièrement certaines phases de son travail. Nous fûmes personnellement plus touchés par sa créativité avant-gardiste. A vous de découvrir les recherches esthétiques de cet artiste déconcertant et de voir si la séduction est au rendez-vous…

    «Emile Bernard 1868-1941» Musée de l’Orangerie, Paris Ier, jusqu’au 5 janvier 2015.

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WILLIAM EGGLESTON « From Black And White To Color » - Fondation Henri Cartier-Bresson

22 septembre 2014

La Fondation Henri Cartier-Bresson nous accueille jusqu’au 21 décembre pour parcourir une exposition consacrée non pas à l’immense parcours du photographe américain William Eggleston, mais à une partie de sa vie qui fut le moment clé de son évolution artistique : le passage du Noir et Blanc à la couleur.
  • W. Eggleston est né à Memphis (Tennessee) en 1939. Issu d’une famille aisée (propriétaire d’une plantation de coton) le jeune homme étudie l’art à l’université et y découvre le travail d’Henri Cartier-Bresson. La photographie devient à ses yeux un art fascinant dont les valeurs esthétiques le chamboulent. Nous sommes à la fin des années 50. L’américain fait déjà de la photo mais enthousiasmé par la liberté du photographe français, qui sut si bien saisir l’ « instant décisif » au sein de compositions épatantes, W. Eggleston a trouvé à quelle expression artistique se vouer : « Quelqu’un m’a montré un exemplaire du livre d’Henri Cartier-Bresson, « The decisive moment », et il a changé ma vie et ma façon de photographier. »

    A l’opposé d’H. Cartier-Bresson il n’aime pas beaucoup voyager. Il apprécie la vie qu’il mène dans ce sud des Etats-Unis qui l’inspirera tout au long de sa vie. Le photographe américain n’est donc pas dans le mimétisme de son aîné. Cependant il s’abreuve de cet électron libre qui le fascine.

    W. Eggleston photographie d’abord en Noir et Blanc mais ses images préfigurent déjà d’un style bien spécifique, aux cadrages insolites. Elles ont un grain particulier et leurs compositions annoncent déjà cette volonté de l’artiste de bousculer les codes, d’utiliser des points de vue atypiques. A cette époque l’usage de la couleur en photographie est l’apanage des publicitaires, parce qu’estimé comme indélicat, ordinaire. W. Eggleston décide de passer outre et s’engage avec fougue dès le milieu des années 60 dans cet univers chromatique que tant d’autres dénigrent. Il photographie pendant quelques années en Noir et Blanc et en couleurs avant de complètement délaisser l’un au profit de l’autre. Il s’approprie une palette chromatique vivifiante pour sublimer l’ordinaire, l’anodin, et crée ainsi une nouvelle expression visuelle. Il s’attache particulièrement à l’environnement quotidien ancré dans son Sud américain natal, avec une perspective originale de détails apparemment prosaïques, dépourvus de noblesse, et sur lesquels il pose un regard envoûtant et bigarré. Son attention s’arrête sur des enseignes, des objets sans intérêt (ampoules, lavabo, charriots de centre commercial, bouteilles…), des fragments de voitures ou de personnes… De surcroît il opte pour des points de vue déconcertants, en se positionnant par exemple à même le sol pour photographier un animal à l’échelle de son regard ; ou encore en se mettant à la place d’une mouche attirée par l’ampoule du plafond… Il est d’ailleurs captivé par les lumières brutes et violentes des néons ou des ampoules dépouillées du moindre ornement.

    Quant aux lieux qui le fascinent, ils nous semblent plutôt inoccupés, l’existence des êtres étant souvent occultée par un objet ou abordée de manière parcellaire : « Les objets dans les photos sont naturellement pleins de la présence de l’homme » expliquait-il.

    Nous pouvons déceler cette empreinte humaine dans les images d’Eggleston. Par contre il est difficile de discerner où elles ont été prises : l’artiste légende peu ses œuvres et reste approximatif sur leur datation. Mais ce qui fait avant tout la spécificité de ce photographe de renom, c’est sa particularité tonale empreinte de couleurs exacerbées, vivifiées. Le chatoiement chromatique est dû au choix d’une technique de tirage que W. Eggleston a adopté très vite, le Dye Transfer, pour illuminer et rehausser ses couleurs de prédilection (les verts, les orange, les rouges, le rose…). Ce procédé complexe très onéreux n’était exploité que par les photographes de mode et de publicité. Ce fameux tirage trichrome (Kodak) qui saturait les couleurs fut, à partir de 1972, un procédé technique indispensable à cet artiste et coloriste hors pair. L’intensité et l’acuité des teintes et de la lumière, l’originalité des cadrages et de ses perspectives décalées, le choix de sujets à la fois ordinaires et atypiques, aux points de vue insolites, lui permettront d’accéder à une certaine reconnaissance.

    De 1966 à 1974, il entreprit un long périple au Sud des Etats-Unis avec son ami Walter Hopps (commissaire d’exposition) pour réaliser « Los Alamos », une immense production photographique issue d’un voyage en voiture au sein de cette Amérique reculée, où les images pénétrantes d’Eggleston sont incisives et décapantes.

    C’est par l’entremise de John Szarkowski, alors directeur du département de photographie du Museum of Modern Art (MoMA), qu’en 1976 eut lieu la première grande exposition consacrée à l’artiste : « Color Photographs by William Eggleston ». Même si elle attira l’indignation de maints critiques, elle permit à ce faiseur d’images de sortir de l’ombre et d’être à l’origine de la première exhibition substantielle et conséquente de photographie couleur.

    W. Eggleston est maintenant considéré comme étant à l’origine d’un vaste tournant de l’histoire de la photographie, grâce à la contemporanéité de sa mise en images, habitée de teintes exceptionnelles.

    La fondation Henri Cartier-Bresson nous plonge au sein de ce passage artistique, où l’évolution créative du photographe fuse à travers une vision moderne et originale de cette Amérique profonde à laquelle il fut si fidèle.

    William Eggleston From black and white to color jusqu'au 21 décembre 2014, Fondation Henri-Cartier-Bresson 2, impasse Lebouis 75014, Paris.

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PASCAL MAITRE, Afrique(s) - Maison Européenne De La Photographie (MEP)

09 septembre 2014

Il y a maintenant plus de 35 ans que le photographe français Pascal Maitre sillonne le monde et rapporte des images exceptionnelles narrant des tranches de vie et des évènements avec une humanité et une bienveillance bouleversantes. La MEP a choisi de mettre en exergue des photographies issues des multiples photoreportages effectués par Pascal Maitre en Afrique. Le reporter, qui a arpenté le continent africain au travers d’une quarantaine de pays, a ramené tout au long de ces années des images qui ont été publiées dans de prestigieux magazine (Géo, L’express, National Geographic…).
  • Cette belle exposition révèle la pluralité de cette vaste Afrique grâce aux clichés extraits d’expéditions accomplies dans 13 pays : Somalie, Madagascar, Tchad, RDCongo, Burkina Faso, Erythrée, Sierra Leone, Niger, Soudan, Sao Tomé, Mali, Cameroun et Rwanda. Toutes ces images sont le témoignage émouvant mais aussi perturbant du quotidien de ces peuples courageux dont l’énergie et les combats forcent le respect. Mais c’est aussi la splendeur et la majesté de paysages inouïs, ainsi que l’inventivité et le souffle des populations africaines que P. Maitre veut dévoiler : « L’Afrique c ‘est un mélange de beaucoup d’éléments, la nature, les traditions, l’environnement, les hommes, les religions, l’activité, la guerre, la beauté, la force, le désespoir, c’est la vie ! »

    Le photojournaliste nous expose toute cette complexité et ce mélange qui font la richesse de ce fabuleux continent. Il conte des histoires au travers de ses photographies : celles-ci manifestent ses sentiments et incarnent un regard expressif sur des sujets qui nous interpellent. Et P. Maitre renforce son questionnement en légendant ses photos avec précision. Il lui est nécessaire d’expliciter d’où sont issues ses images et ce qu’elles signifient, avec cette « envie de raconter des histoires humaines ». Ses informations sont précises, puissantes. Il ne se limite pas à montrer une image : il porte en lui le besoin d’expliquer ce qu’il a vu, ce qu’il a ressenti, lui qui dispose d’un temps précieux pour rester longuement aux mêmes endroits.

    Au fil des années son travail de photojournaliste lui a octroyé cette chance d’entretenir des liens de confiance avec de nombreuses personnes vivant et travaillant sur ces terres africaines. Beaucoup de territoires sont dangereux et difficilement accessibles. Il est indispensable de passer par des médiateurs locaux, qu’il nomme les « fixeurs » et à qui il rend hommage, pour acquérir de précieuses liaisons et les consentements nécessaires afin d’accéder au cœur de cette Afrique qui le bouleverse tant. C’est ainsi qu’il pénètre dans ce qu’il y a de plus profond et d’intime, afin d’en extraire des moments bercés par le mystère, l’angoisse, l’horreur, la misère, ou encore la grâce, la magnificence ou l’envoûtement : « J’ai toujours eu l’habitude de beaucoup parler avec les gens, de m’intéresser à eux. Lorsqu’on adopte naturellement cette démarche, les gens s’habituent assez rapidement à vous et vous laissent travailler. Ils oublient l’appareil photo. Et plus les situations sont cruelles plus ils ont besoin de témoigner de ce qui arrive, de crier. »

    Pascal Maitre nous livre ces fragments de vie sans détourner les yeux, en faisant frémir l’intensité des couleurs de l’Afrique. La nature et son étendue de verts chatoyants à Madagascar, la chambre rose abritant une scène déconcertante en Somalie, les marchés bigarrés de Kinshasa, les éclairages avivés de la vie nocturne, un châle aux couleurs enchanteresses qui voile un enfant mort,… la puissance des couleurs attise notre regard. Elles sont à la fois éclatantes et cinglantes, et nous foudroient souvent par leur violence et par leur beauté : la vie et la mort s’y côtoient. « La couleur –dit P. Maitre- c’est pour moi un choix évident, je vois en couleur, la couleur m’émeut et me touche. »

    Le photographe confie être subjugué par des peintres comme Gauguin, Matisse ou encore Van Gogh, mais aussi par de grands photographes, dont William Albert Allard, Ernst Haas ou bien Alex Webb… La couleur est au centre de son travail et sa rigueur technique, tant au niveau de la lumière que de la composition, en font un artiste singulier. Les nuances chromatiques sont harmonieuses, les cadrages admirablement maîtrisés.

    Les clichés sont exposés dans des dimensions allant du 40 x 60 à des formats très impressionnants, les photos étant issues ou de l’argentique ou du numérique. Pascal Maitre fut un fervent utilisateur du film Kodachrome 200, et ce jusqu’à sa disparition en 2010. Les coloris intenses, saturés et contrastés, ainsi que la finesse du grain, en étaient les spécificités.

    Auteur de ces multiples photoreportages effectués pour de brillantes revues internationales, il a de surcroit publié cinq livres (« Mon Afrique » en 2000, « Incroyable Afrique » en 2012, « Madagascar, voyage dans un monde à part » en 2001…).

    Son travail, aussi passionné que passionnant, célèbre les êtres et les valeurs humaines par le biais d’un art qui, entremêlé à l’engouement journalistique, exalte la dignité de l’homme et sonde nos propres émotions.

    EXPOSITION - 10.09.2014 - 02.11.2014 - MAISON EUROPÉENNE DE LA PHOTOGRAPHIE

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LES IMPRESSIONNISTES EN PRIVE,CENT CHEFS-D’ŒUVRE DE COLLECTIONS PARTICULIERES au Musée Marmottan Monet

17 avril 2014

Le Musée Marmottan Monet, ancienne résidence d’un grand amateur d’art du nom de Paul Marmottan, ouvrit ses portes en 1934. Il célèbre cette année ses 80 ans d’existence en rendant hommage à la bienveillance des collectionneurs et familles d’artistes qui ont fait don de précieuses œuvres, afin que ce lieu unique devienne le conservateur de productions artistiques exceptionnelles de Claude Monet, mais aussi de Berthe Morisot.
  • Pour témoigner de sa reconnaissance envers tous ces donateurs, il présente aujourd’hui au public une centaine d’œuvres impressionnistes prêtées pour l’occasion par une cinquantaine de collectionneurs, établis essentiellement en Amérique et en Europe. Une grande partie de ces tableaux n’ont jamais été exposés et c’est bien là une occasion exceptionnelle de les découvrir avant qu’ils ne retournent dans leur résidence privée. L’exposition se déroule chronologiquement afin de souligner la manière dont chaque artiste peintre a évolué, innové.

    C’est aux origines de l’impressionnisme que l’exposition consacre ses premières salles, avec des œuvres de Corot, Boudin ou encore Jongkind. Les différentes explorations et études sur la lumière, ainsi que leur recherche sur la manière de capter les paysages et les motifs happés sur le vif, devancent la future démarche des peintres impressionnistes. Ces précurseurs enseigneront d’ailleurs leur art à certains artistes du groupe, dont le mouvement sera mené avec bravoure par Edouard Manet, avec ses toiles jugées choquantes (« Le déjeuner sur l’herbe » sera rejeté par le jury du Salon de 1863 et « Olympia » provoquera un scandale en 1865), et dont nous découvrons ici « Un bar aux Folies Bergère » (1881). Il aurait été impossible d’aborder le mouvement impressionniste sans évoquer la hardiesse de cet homme défiant l’académisme de l’époque avec une modernité que d’autres suivront avec panache.

    C’est aux alentours de 1874 que ce mouvement en rébellion fait irruption, avec des artistes du nom de Monet, Pissarro, Renoir, Degas, Sisley, Morisot, Cézanne, ou encore Guillaumin. La toile de Monet, « Impression, soleil levant » (qui fait partie de la collection permanente du Musée Marmottan), donnera son nom à cet élan artistique et esthétique inspiré et révolutionnaire. La collection privée nous dévoile ainsi de nombreuses œuvres de ces illustres peintres qui mirent sur la toile toute la sensibilité ressentie devant les motifs et paysages qu’ils brossaient, en extérieur, sous une sensation de lumière d’une vive acuité, au moment précis où ils éprouvaient ces émois fugitifs. Ces tableaux et dessins complètent ainsi tous ceux qui font partie de nos mémoires, grâce aux collections présentes dans les musées du monde entier.

    Le parcours de l’exposition s’attache ensuite à l’impressionnisme des années 1880 et 1890. Même si tous ces artistes se sentent à jamais unis, ils poursuivent chacun de leur côté une trajectoire plus personnelle en développant des spécificités picturales distinctes. L’imaginaire de chaque artiste, étoffé par de singulières inspirations esthétiques, les distingue et met en apparence leur génie créatif. Le groupe s’est certes dispersé mais l’épanouissement de ces virtuoses a créé les grands maîtres que nous connaissons. Ils sont là encore représentés par des toiles et dessins inédits ou rarement exposés, de Pissarro et Sisley, de Renoir et Monet, de Degas et Caillebotte…

    Après avoir bouleversé les conventions, révolutionné la dimension très académique des Beaux-Arts, et engagé une lutte vers une liberté artistique novatrice, les peintres impressionnistes ont fini par obtenir une certaine légitimité. Le soutien de collectionneurs privés et de certains marchands d’art leur a permis de vendre de plus en plus de toiles, d’abord en France, puis au niveau international. Dans les années 1890, la reconnaissance fut enfin au rendez-vous. Et certaines œuvres de cette période nous ouvrent déjà vers de nouvelles recherches artistiques. L’art moderne commence à poindpar pre etites touches. Mais cela c’est une autre histoire.

    Du 13 février au 6 juillet 2014 au Musée Marmottan Monet

    11 mars - 6 juillet 2014 - Musée d'Orsay - Exposition temporaire

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VAN GOGH / ARTAUD. LE SUICIDE DE LA SOCIETE au Musée d’Orsay

8 avril 2014

Le musée d’Orsay nous offre une exposition rare sur le peintre néerlandais Vincent Van Gogh, traversée par les mots et le regard du poète Antonin Artaud. Le spectre de la folie s’immisce au sein de cette rencontre spirituelle de deux artistes galvanisés par une extrême sensibilité. La fragilité psychologique et physiologique de ces deux êtres se reflète avec virulence dans leur art respectif. C’est ce qui a bouleversé Antonin Artaud lorsqu’il a visité l’exposition Van Gogh de 1947 au musée de l’Orangerie, alors qu’il vient de sortir d’un internement de neuf années en hôpital psychiatrique, où il a subi de nombreux électrochocs. Cette rencontre picturale lui insuffle un texte démentiel qu’il dictera en peu de jours à son amie Paule Thèvenin : « Le suicidé de la société ».
  • L’exaltation de cet écrit, à la verve lyrique, fait jaillir un impétueux plaidoyer accusant la société d’avoir anéanti et broyé ce prodige qu’était Van Gogh. A son sens, elle redoutait les âmes affranchies, dont la fascinante clairvoyance embarrassait le sens moral commun. De fait Artaud incrimine les psychiatres qui annihilent ces personnalités fulgurantes jusqu’à les pousser au suicide : « C’est ainsi qu’une société tarée a inventé la psychiatrie pour se défendre des investigations de certaines lucidités supérieures dont les facultés de divination la gênaient. »

    L’écrivain s’inspire aussi, bien évidemment, des épreuves qu’il a lui même subies lors de ses internements. Sa parole est acerbe, corrosive, incisive : elle brûle, vitupère, tempête et explose comme un hurlement d’affliction et de détresse mêlé d’une aversion profonde et belliqueuse envers cette société qui nie la différence et la nature singulière de certains êtres.

    L’exposition du musée d’Orsay fait l’union entre cet ouvrage d’Antonin Artaud (1896 – 1948) et les magistrales toiles de Vincent Van Gogh (1853 – 1890) qui l’ont inspiré. Nous avons la chance de pouvoir admirer plus d’une quarantaine de tableaux et quelques uns des dessins du peintre hollandais, accompagnés de citations révélatrices et symptomatiques de la vision du poète. Dès la première salle, nous entrons dans une atmosphère énigmatique où s’entrechoquent des percussions et glossolalies sibyllines, et des mots cabalistiques d’Artaud. S’ensuivent les œuvres impressionnantes de Van Gogh, dont le maniement très personnel de la couleur et l’ardeur de la touche brusque et pure annoncent le fauvisme, et plus intensément l’expressionnisme : « Il faut commencer par éprouver ce qu’on veut exprimer », disait le peintre. Après avoir tenté de devenir pasteur, Vincent Van Gogh s’est jeté corps et âme dans l’art pictural, aux alentours de 27 ans. Il n’a peint qu’une dizaine d’années, pendant lesquelles il lutta contre l’isolement, l’angoisse et le désarroi. Au fil de ses recherches les nuances de sa gamme chromatique se sont faites de plus en plus intenses. La vivacité des couleurs et l’intensité de la lumière enivrèrent ses toiles avec une frénésie époustouflante.

    L’artiste peintre a lui aussi beaucoup utilisé les mots. La correspondance qu’il entretint avec son frère Théo en témoigne. Certains extraits sont d’ailleurs exposés. Il oscillait régulièrement entre des crises de profonde détresse et des périodes fougueuses, d’allégresse intense, où il peignait avec entrain. Les deux derniers mois de sa vie, de mai à juillet 1890, il aurait réalisé pas moins de 70 toiles. Mais c’est en incompris qu’il mourra. Peu de personnes ont reconnu son talent de son vivant et la postérité sera tardive.

    Chacune des salles de l’exposition est habitée d’une phrase symbolique du poète, le long d’un parcours thématique enchaînant l’autoportrait, les natures mortes, les paysages, les couleurs… Les deux artistes se répondent par l’intermédiaire de leur art ; leurs émotions et leurs souffrances transparaissent, au gré de toiles datant des dernières années de vie de Van Gogh (période où il sera interné plusieurs fois entre 1888 et 1890), peintes essentiellement à Paris, Arles, Saint-Rémy-de-Provence et Auvers-sur-Oise. La présence de dessins réalisés par Antonin Artaud vient renforcer cette résonnance. Lorsque nous déambulons de salle en salle, nous discernons l’évolution de Van Gogh dans la façon d’appréhender sa toile, sa patte, sa perception de la lumière et de la couleur. Ses sensations et son propre vécu, son âme même, illuminent ces tableaux exceptionnellement réunis pour un tête-à-tête spirituel unique entre deux écorchés vifs. Seule une œuvre primordiale n’a pu quitter Amsterdam (en raison de sa fragilité) : « Le champ de blé aux corbeaux », peint dans les derniers moments de vie de Van Gogh. Ce tableau suscita chez le poète un intérêt particulier : il pensait y percevoir un mauvais présage, comme un aveu du peintre sur sa mort prochaine. Le musée a donc décidé de projeter cette toile sur grand écran, mais en accroissant les détails, de manière à ce que notre œil observe à la loupe le travail du peintre. Et cela, avec en fond sonore des phrases d’Artaud déclamées par Alain Cuny. Les mots y orchestrent la magnifique composition picturale de Van Gogh.

    Un autre écran projette des extraits de films dans lesquels Antonin Artaud a joué. Ses mouvements, ses expressions et son regard puissant nous interpellent (il ne faut pas oublier qu’il est aussi l’auteur du « Théâtre et son double « ). Il en est de même de ses dessins qui procurent une acuité visuelle extrême. Y transparaissent le tourment et la douleur de cet homme torturé, en proie avec ses démons. « Je suis aussi comme le pauvre Van Gogh, au plus près de formidables ébullitions internes », écrivait-il. Ce bouillonnement et cette effervescence, nous les percevons fougueusement dans les oeuvres du peintre, dans ses compositions aussi hallucinées qu’hallucinantes, où l’on voit chaque touche ondoyer et serpenter vers une parfaite harmonie, dans un agencement chromatique éblouissant. Il est troublant d’y percevoir les émotions de l’artiste. La puissance de son art nous bouleverse : il y évoque sa fragilité, sa sensibilité, mais aussi son énergie et son courage.

    Nous laissons à Antonin Artaud le soin de conclure en évoquant toute son admiration pour le travail de ce grand artiste : « (…) je dirai que Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature, qui l’a comme retranspirée et fait suer, qu’il a fait gicler en faisceaux sur ses toiles, en gerbes comme monumentales de couleurs, le séculaire concassement d’éléments, l’épouvantable pression élémentaire d’apostrophes, de stries, de virgules, de barres dont on ne peut plus croire après lui que les aspects naturels ne soient faits. »

    11 mars - 6 juillet 2014 - Musée d'Orsay - Exposition temporaire

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HENRI CARTIER-BRESSON au Centre Pompidou

20 mars 2014

« De tous les moyens d’expression, la photographie est le seul qui fixe un instant précis. Nous jouons avec des choses qui disparaissent, et, quand elles ont disparu, il est impossible de les faire revivre. »
  • Disparu depuis dix ans, le photographe Henri Cartier-Bresson est mis à l’honneur à l’occasion d’une très belle exposition au Centre Pompidou. Cette rétrospective, que vous pourrez contempler du 12 février au 9 juin, nous permet de découvrir près de 500 œuvres regroupant en sus des photographies, de nombreux documents tels que des dessins, des peintures ou encore des films. Ce sont les tirages originaux qui nous sont présentés, excepté une photo jugée trop abîmée et dont le retirage fut nécessaire. Cela selon un parcours chronologique relatant plus de 40 années d’une vie riche et mouvementée, nous faisant ainsi découvrir les différentes inspirations qui ont marqué l’artiste au travers des multiples rencontres et voyages de sa vie.

    Les clichés qui ont fait sa renommée croisent bien d’autres images méconnues qui viennent enrichir la pluralité de son travail, autant que la singularité de sa démarche photographique.

    Henri Cartier-Bresson, né en 1908, était issu d’une famille d’artistes. La peinture fit très tôt partie de sa vie et dès la fin des années 20 il travailla cet art dans l’atelier parisien d’André Lhote. Le peintre cubiste lui enseigna la rigueur géométrique, ce qui eut un impact considérable sur son sens de la composition. Son œil aiguisé structurera à la perfection ses photographies dont il refusera toujours le moindre recadrage.

    Dans cette même période il côtoie les surréalistes et effectue quelques collages. Mais c’est lors d’un voyage en Afrique, en 1930, qu’il emporte un appareil photo (un Krauss) et qu’il révèle ses premiers témoignages photographiques. Il devient un spectateur du monde, offrant au regard les fracas des évènements et de l’histoire, tout en privilégiant l’humain.

    A cette époque il se sent proche du Parti Communiste et s’engage politiquement. Il travaille alors pour la presse communiste, comme le magazine Regards, et participe au tournage de trois films de Jean Renoir. Il devient son assistant en 1936 pour « La vie est à nous » et « Une partie de campagne », ainsi qu’en 1939 pour « La règle du jeu ». La guerre éclate : il reste prisonnier en Allemagne pendant près de trois ans avant de s’évader en 1943. L’année suivante il est derrière son appareil photo pour ramener les images des ruines d’Oradour-sur-Glane après l’abominable massacre commis par l’armée allemande. S’ensuivent des photographies de la libération de Paris avant de repartir en Allemagne, avec les alliés, au camp de Dessau. Il y filme et photographie les camps de prisonniers.

    Inlassablement Henri Cartier-Bresson va alors sillonner le globe et retranscrire moult épisodes sociétaux, historiques et politiques du 20ème siècle et les fixer à jamais, autant sur la pellicule que dans nos mémoires. Il devient ainsi un immense photoreporter au sein de l’agence qu’il a créée en 1947 avec ses complices Chim (David Seymour), Robert Capa et George Rodger : Magnum Photos. Depuis la création de cette coopérative qui unit les talents de grands photographes, il traverse la planète et témoigne des derniers instants de Gandhi, du chaos au Kuomintang, de la guerre civile espagnole, de l’indépendance de l’Indonésie,… Il est même le premier photographe occidental à obtenir un visa pour l’URSS après la disparition de Staline en 1954. La plupart de ses reportages sont issus de commandes que l’Agence revend à des magazines, tel que « Life ».

    Henri Cartier-Bresson aime profondément le noir et blanc, et n’a fait que peu de photographies en couleurs, parce qu’il les abhorre. Lorsque l’on observe ses clichés, on se rend compte qu’il privilégie les individus, en ce sens qu’il immortalise les réactions des gens face à l’événement auquel ils assistent. Ce sont leurs regards et l’immédiateté de leurs attitudes qui intéressent le photographe. Le fait majeur est souvent hors-champ, mais il se reflète sur l’image des spectateurs qui y assistent ou qui le subissent. « La photographie doit saisir dans le mouvement l’équilibre expressif », disait-il.

    Mais il fut un moment, à la fin des années 60, où il s’éloigna du photojournalisme pour se diriger vers une image photographique plus adoucie, plus méditative. Il fixa alors son attention sur les paysages et les portraits. Puis, au début des années 70, il laissa de côté son appareil photo pour se dévouer entièrement à ses premiers émois artistiques : le dessin. Il y consacra quotidiennement de nombreuses heures. Nous pouvons en admirer quelques esquisses, comme les autoportraits, ou encore les squelettes d’animaux préhistoriques du Musée d’Histoire Naturelle.

    Cet étonnant voyage artistique, où nous déambulons avec plaisir et curiosité, témoigne de l’incroyable parcours de vie d’un homme aux multiples facettes, qui sut s’exprimer visuellement avec virtuosité. Nous lui laissons les mots de la fin :

    « La photographie est pour moi la reconnaissance dans la réalité d’un rythme de surfaces, de lignes ou de valeurs ; l’œil découpe le sujet et l’appareil n’a qu’à faire son travail, qui est d’imprimer sur la pellicule la décision de l’œil. Une photo se voit dans sa totalité, en une seule fois, comme un tableau ; la composition y est une coalition simultanée, la coordination organique d’éléments visuels. »

    Rétrospective Henri Cartier-Bresson au Centre Pompidou, du 12 Février au 9 Juin 2014, au Centre Pompidou

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RAYMOND DEPARDON, Un moment si doux

17 décembre 2013

La célébration de la couleur dans l’œuvre atypique du photographe Raymond Depardon ornemente pour notre plus grand plaisir les salles du Grand Palais. Le musée, avec l’aide de cet artiste discret et talentueux, dévoile près de 160 photographies révélant ainsi des images dont la fugacité et l’émotion nous emportent avec délicatesse.
  • Cette promenade intimiste, depuis les premières prises de vues de la fin des années 50 jusqu’aux images les plus récentes effectuées pour cette exposition, nous embarque dans son univers contemplatif, ces moments si doux que Raymond Depardon affectionne tendrement, où il savoure ce « plaisir de la couleur » qu’il a mis du temps à révéler : ce n’est qu’au début des années 80 qu’il s’est senti plus libre avec la couleur, même s’il l’utilisait déjà en sus de cette photographie noir et blanc qui fut bien longtemps un sacerdoce.

    Cet artiste fut en premier lieu un photoreporter au service de nombreuses agences, avant de créer la sienne propre : Gamma. C’est ainsi qu’il voyagea à travers le monde et revint chargé d’images et d’émotions qu’il mit au service de cet art photographique auquel il est passionnément lié.

    Vous aurez la chance d’observer les clichés provenant du Chili, de Beyrouth, de Glasgow… et vous découvrirez que Raymond Depardon avait l’art de capter ce qui se passait en marge des combats ; des temps morts qui en disaient long sur le conflit lui-même en montrant la population dans son quotidien, malgré les balles et les bombes. Cela aussi c’est la mémoire d’un pays. Cette mémoire il nous la transmet également grâce à ses photographies des vastes espaces, allant des campagnes les plus profondes aux déserts africains, ou encore dans sa réflexion sur l’isolement au milieu même des cités urbaines. Ces dernières années il a même réutilisé le Rolleiflex de ses débuts, cet appareil au format pour le moins original, où l’on doit incliner la tête pour cadrer l’image et prendre le temps pour la mise au point.

    Mais il est évident que cette errance, qu’elle soit en Afrique ou en Amérique du Sud, est le fruit d’un témoignage bouleversant sur la simplicité et la sincérité de l’individu, ou encore sur un endroit inconnu, rendu lumineux et attachant grâce à cette pellicule argentique que Raymond Depardon aime utiliser.

    S’arrêter là où personne ne s’arrête. Effleurer la grâce d’un monde où aucun événement important ne se passe. Être un simple spectateur de la vie, mais avec un œil subtil et pénétrant, de ces moments anodins et si doux, aux couleurs magnifiquement intenses.

    Voilà le sentiment éprouvé durant cette douce et joyeuse balade.

    Grand Palais du 14 novembre 2013 au 10 fevrier 2014

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ERWIN BLUMENFELD (1897–1969 ). Photographies, dessins et photomontages

12 décembre 2013

Le Jeu de Paume nous fait redécouvrir Erwin Blumenfeld, célèbre photographe juif allemand naturalisé américain, dont la démarche artistique fut fortement influencée par le contexte historique du début du 20ème siècle.
  • Né à Berlin en 1897, Erwin Blumenfeld vit une enfance insouciante jusqu’en 1913, année durant laquelle il doit arrêter ses études pour subvenir aux besoins de sa famille. Mais en 1916, lors de la 1ère Guerre Mondiale, il est enrôlé comme ambulancier et transporte les corps morts des soldats. C’est à son retour qu’il décide de quitter l’Allemagne pour les Pays-Bas. Il sera alors gérant d’une maroquinerie et y photographiera ses premiers modèles : ses clientes. Il réalise alors de nombreux portraits dont celui de Geneviève Rouault (dont le père n’est autre que le peintre Georges Rouault) qui lui conseille de partir à Paris. Il s’y installe en tant que photographe en 1936.

    Grâce à Cecil Beaton, il travaille pour le magazine Vogue dès 1938, et signe un engagement avec Harper’s Bazaar une année plus tard, à l’aube de la 2nde Guerre Mondiale. C’est alors qu’avec sa famille (sa femme et ses trois enfants) il est interné en France dans des camps d’étrangers mais parvient finalement à s’enfuir, et rejoint New-York en 1941. L’aventure américaine commence : la réputation de l’artiste s’amplifie grâce à ses photographies de mode pour Harper’s Bazaar, Vogue, Cosmopolitan…Il devient l’heureux propriétaire d’un studio sur Central Park en 1943 et est naturalisé américain en 1946.

    Les quelques 300 œuvres mises en évidence au Jeu de Paume nous permettent d’observer la richesse de la créativité de ce personnage à la fois corrosif et fantaisiste. C’est par le biais d’une structure thématique que nous découvrons cette exposition. Elle met en relief les différentes facettes de l’artiste. Nous nous introduisons en premier lieu dans une salle présentant des « dessins, montages et collages », réalisés dès les années 20, qui nous initient déjà au caractère acerbe et drôle du photographe. Il prendra d’ailleurs part au mouvement dada sous l’influence de Georg Grosz. S’ensuivent alors de multiples photographies classées selon les sujets de prédilection d’E. Blumenfeld : les autoportraits, le nu, les portraits, le dictateur, l’architecture ; puis enfin la mode à travers laquelle il se forgea une parfaite réputation dans les années 40 et 50.

    Sa recherche esthétique fut en perpétuel renouvellement. Il prit plaisir à explorer, à créer, à user de nouvelles formes stylistiques comme la solarisation, les superpositions, les altérations ou encore son travail particulier sur l’ombre et la lumière.

    C’est en expérimentant ses sujets de manière inédite qu’il a élaboré un style pour le moins singulier. Erwin Blumenfeld s’est engagé, s’est battu, s’est affirmé dans un monde qu’il a connu barbare et qu’il a su dénoncer avant d’avoir la chance de s’en extraire. Ses photographies sur le dictateur en sont formellement le reflet.

    C’est un homme qui a su maîtriser autant le noir et blanc que la couleur. Sa palette chromatique a illuminé les mannequins photographiés dans son studio new-yorkais et a galvanisé nombre d’amateurs.

    La passion artistique d’Erwin Blumenfeld est fidèlement mise à l’honneur dans cette exposition à la fois éclectique et fédératrice.

    Jeu De Paume - Du 15 octobre 2013 au 26 janvier 2014

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CANALETTO A VENISE

20 janvier 2013

Nous avons actuellement la chance de pouvoir nous rendre dans deux musées pour contempler l’œuvre et le talent du peintre Giovanni Antonio Canal, plus connu sous le nom de Canaletto (1697 – 1768). Le Musée Maillol lui consacre en effet une très belle exposition : « Canaletto à Venise » ; quant au Musée Jacquemart –André il nous propose de découvrir : « Canaletto – Guardi : Les deux maîtres de Venise ».
  • Le Musée Maillol nous permet de déambuler le long des canaux vénitiens grâce à une cinquantaine de tableaux signés Canaletto. Le peintre nous séduit grâce à ses nombreuses vedute qui illuminent cette manifestation. Le vedutisme, art de la représentation picturale d’une vue de ville, fut un mouvement artistique mis à l’honneur au 18ème siècle en Italie et les peintres vénitiens de cette époque, dont les plus célèbres sont Canaletto et Guardi, lui consacrèrent tout leur talent. Il est très intéressant d’observer la manière dont Canaletto procédait pour réaliser ses vedute. Il aimait observer Venise et dessinait minutieusement sur ses carnets les moindres détails qui s’offraient à lui lorsqu’il parcourait la ville ; et il n’oubliait pas d’emmener sa précieuse camera obscura qui lui permettait ensuite de perfectionner la perspective de ses tableaux.
    Le Musée Maillol nous initie ainsi au processus artistique du peintre en exposant dans la première salle certains de ses carnets de dessin et une chambre optique (nous permettant de découvrir à quelle assistance technique elle servait). Cette mise en exergue de l’élaboration créatrice de l’artiste n’enlève rien à la magie de ces magnifiques vues où règne une belle harmonie aux lueurs vénitiennes uniques et un esprit du détail d’une méticulosité inouïe. Mais ne vous leurrez pas : Canaletto ne retranscrit pas la réalité. Il nous en offre une interprétation subjective. Ses carnets regorgent de différents points de vue pour un même emplacement et lui permettent d’insérer plusieurs perspectives dans un même tableau. Notre champ visuel ne serait pas apte à saisir toute l’étendue de certaines vedute !
    Vous tomberez sûrement sous le charme de ce peintre vénéré en son temps, et dont les commandes affluaient sous le joug de son mécène, Joseph Smith, qui le poussa même à quitter l’Italie pour l’Angleterre (où il resta une dizaine d’années) afin de satisfaire les illustres collectionneurs britanniques.
    Canaletto, maître incontournable de la peinture vénitienne du 18ème siècle, fut admis à l’Académie vénitienne en 1763. Et c’est au Musée Jacquemart – André que vous serez à même de découvrir d’autres toiles illustres de Canaletto mises en parallèle avec les œuvres de Francesco Guardi (1712 – 1793), l’autre grand maître de l’art de la veduta. La subtilité des différentes variations entre les deux peintres est passionnante. Les vedute de Guardi ont leur personnalité propre. La lumière et la chaleur de la gamme chromatique y dégagent une forte émotion, une sensibilité artistique vibrante.
    N’hésitez donc pas à découvrir ces deux expositions jusqu’au 21 janvier 2013 pour « Canaletto – Guardi » (Musée Jacquemart – André) et jusqu’au 10 février 2013 pour « Canaletto à Venise » (Musée Maillol). Bon voyage !

    Canaletto - Guardi : Les deux maîtres de Venise

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LE CERCLE DE L’ART MODERNE Au Musée du Luxembourg

1er janvier 2013

Le musée du Luxembourg nous présente actuellement près de 90 œuvres dont la particularité et l’agencement reposent sur l’union de partenaires hors-du-commun. La ville du Havre, à la fin du 19ème siècle, est en pleine expansion et beaucoup de négociants (travaillant dans le commerce du café, du coton ou encore du bois) s’y installent et font fortune. Amoureux de l’art et désireux d’imposer des artistes neufs et parfois même révolutionnaires, ils vont s’affirmer grâce à une curiosité picturale audacieuse qui va bousculer l’univers havrais avec beaucoup d’intelligence.
  • Ces riches collectionneurs (comme Olivier Senn, Charles-Auguste Marande, Georges Dussueil ou encore Pieter Van der Velde) vont s’unir à des artistes tels que Raoul Dufy, Georges Braque et Emile Othon Friesz, afin de créer en 1906 le Cercle de l’Art moderne. Ce Cercle de passionnés havrais organise des expositions et différents événements culturels dans la ville portuaire qui devient alors un havre pour l’avant-garde artistique du début du 20ème siècle. Grâce à l’engagement de ces grands négociants très intuitifs quant à la modernité picturale de leurs contemporains, nous pouvons découvrir un certain nombre d’œuvres issues de l’impressionnisme (n’oublions pas que ces entrepreneurs s’investissaient déjà dans l’art à la fin du 19ème siècle), du fauvisme ou bien encore du nabisme.

    Au fur et à mesure que vous évoluerez dans les salles du musée, vous pourrez admirer des toiles de Boudin, Monet, Pissaro, Derain, Marquet, Bonnard, Vallotton, Cross, Dufy, Modigliani, Sisley, Renoir, Vuillard, Van Dongen… La diversité même de ces œuvres traduit l’esprit éclectique de chaque collectionneur dont le nom est systématiquement mentionné, ce qui nous laisse entrevoir les attirances et les goûts de chacun d’eux. C’est ainsi que vous passerez des variations climatiques de Boudin et de ses effets sur la lumière à des toiles emblématiques du fauvisme dont la pureté chromatique vous galvanisera. De même vous voyagerez dans un univers impressionniste qui vous charmera par sa vision et sa perception de la nature et du monde extérieur pris sur le vif., en contraste avec les Nabis qui vous séduiront par leur volonté de dévoiler la nature intime et mystérieuse de l’être.

    Ce foisonnement inouï de personnalités et de recherches esthétiques est le résultat d’une belle aventure, même si celle-ci s’acheva dès 1910. Le Cercle de l’Art moderne, malgré une existence éphémère, représenta une alliance unique et florissante, aux explorations avant-gardistes de qualité et nous vous proposons de les découvrir avec autant de plaisir que nous en avons ressenti.

    Exposition Le Cercle de l'art moderne, collectionneurs d'avant-garde au Havre présentée du 19 septembre 2012 au 6 janvier 2013 au musée du Luxembourg

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MANUEL ALVAREZ BRAVO, un photographe aux aguets (1902 – 2002)

15 novembre 2012

Manuel Alvarez Bravo, que l’on surnomme avec respect et admiration Don Manuel, nous a laissé une œuvre photographique immense et incontournable, gravée dans la culture mexicaine du 20ème siècle.
  • Le musée du Jeu de Paume nous permet actuellement (et cela jusqu’au 20 janvier 2013) de découvrir près de 150 photographies issues d’une recherche artistique qui dura près de 80 années. Don Manuel, qui vécut jusqu’à l’âge de 100 ans, est né à Mexico en 1902 au sein d’une famille modeste. Il s’intéressera très tôt à la photographie et parviendra rapidement à en faire son métier, à s’y consacrer pleinement.

    L’exposition qui nous est présentée s’articule autour de 8 mots-clés (« Voir », « Marcher », « Construire »…) ce qui permet non pas de classer ses photos chronologiquement, mais de découvrir une œuvre poétique singulière et envoûtante mettant en exergue une interrogation formelle et un art de la composition absolument prodigieux. Les différentes expérimentations iconographiques d’Alvarez Bravo, son incessant cheminement à travers ce pays qui était le sien, le Mexique, avec lequel il se sentait en totale symbiose, son travail assidu et son sens de l’observation, sont autant de questionnements qui feront de lui un grand artiste de la contemplation. Le photographe n’hésitait jamais à rester des heures au même endroit, pour obtenir la lumière qu’il espérait tant. Son œil contemplait le monde et le fixait à jamais sur la pellicule, en prenant le temps… inlassablement.

    Dans sa préface de l’exposition « Mexique » (Paris, 1939), André Breton écrivait : « …Tout le pathétique mexicain est mis par lui à notre portée : où Alvarez Bravo s’est arrêté, où il s’est attardé à fixer une lumière, un signe, un silence, c’est non seulement où bat le cœur du Mexique mais encore où l’artiste a pu pressentir, avec un discernement unique, la valeur pleinement objective de son émotion. » Bel hommage que celui de Breton envers cet artiste empreint d’une sensibilité et d’une humanité touchantes. Vous découvrirez une œuvre scrupuleusement composée, essentiellement réalisée en noir et blanc. Alvarez Bravo s’essaya tout de même à la couleur, dont on peut découvrir quelques clichés aux teintes orangées exacerbées (et magnifiques !). Il s’interrogera ainsi sur les techniques relatives à la pellicule couleur et au polaroïd.

    Quant au cinéma, cette rétrospective nous invite à saisir l’importance qu’il représentait pour Don Manuel. Il fit des expérimentations en Super-8 mais fut, à plusieurs reprises, photographe de plateau (entre autres pour Bunuel).

    Mais il est préférable que vous découvriez le cheminement artistique de Manuel Alvarez Bravo par vous-même : ce grand nom de l’art photographique moderne le mérite assurément.

    Manuel Álvarez Bravo (1902-2002) - Un photographe aux aguets - du 16 novembre 2012 au 20 janvier 2013 - Jeu de Paume

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HENRI ROUART, L'oeuvre peinte

13 septembre 2012

 

Une allée à la Queue-en-Brie Huile sur toile

Le musée Marmottan Monet accueille jusqu’au 11 novembre 2012 une quarantaine de tableaux du peintre Henri Rouart qui fut un condisciple des impressionnistes tant par son talent pictural que par sa générosité de mécène.
  • Henri Rouart, polytechnicien et grand industriel, entretint tout au long de sa vie une belle et grande amitié avec Degas (ils se connurent au lycée). Passionné d’art, il s’instruisit à la peinture auprès de Millet et Corot, et pratiqua assidûment sa passion à l’instar d’un souffle régulier au milieu d’une vie professionnelle riche. Au fur et à mesure des années, il acheta nombre de toiles dont le nom des auteurs nous fait frémir : Courbet, Delacroix, Manet, Renoir, Cézanne, Degas… Peu lui importait que son œuvre ne fut pas, en son temps, consacrée. Degas le poussa néanmoins à exposer ses toiles lors des salons impressionnistes mais c’est le talent d’autrui qui éveillait chez lui un très vif intérêt.
    A nous maintenant de découvrir le talent d’Henri Rouart au fil d’une exposition qui repose sur différents thèmes : les paysages bien sûr qu’il affectionnait particulièrement, les portraits (essentiellement des membres de sa famille), ses voyages… C’est un peintre du plein air qui sait méticuleusement observer la nature et saisir les mouvements des arbres (étonnant leitmotiv) selon les saisons et les différents moments de la journée. Son travail sur les nuances de « vert » le caractérise particulièrement, nous offrant ainsi une variation inouïe sur la lumière, les lueurs, l’assombrissement.
    Henri Rouart est manifestement un grand peintre de la nature. Il ne se séparait d’ailleurs jamais de son cahier où il croquait dès qu’il le pouvait ses motifs sur le vif. Les paysages citadins l’attiraient peu. Mais il ne faut pas pour autant oublier qu’il savait capturer l’expression de ses intimes (particulièrement de profil) dans leur propre cadre de vie.
    Cette exposition, dont les tableaux sont en majorité prêtés par des collectionneurs privés, est la première depuis 1933 à rassembler et mettre en valeur autant de toiles d’Henri Rouart. Il est aisé de constater que c’est une chance de pouvoir enfin découvrir une partie de son travail. Son œuvre est séduisante et mérite votre curiosité.

    Musée Marmottan Monet, Paris - Exposition Henri Rouart, l’oeuvre peinte

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