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SUZANNE de Katell Quillévéré (2/2)

6 janvier 2014

Le scénario de Katell Quillevere et Mariette Désert ce construit sur une structure narrative qui se nourrit de l’ellipse. Elles cimentent formellement ce film en usant de l’ellipse de manière magistrale.
  • Elle va privilégier la trajectoire sentimentale et émotionnelle de Suzanne plutôt que de filmer ses escapades coupables et assassines. Chaque césure temporelle, qui dure plusieurs années, cache des faits et des actes déterminants de la vie de Suzanne. Seules les conséquences de ses absences et de ses fautes délictueuses transpercent l’écran, à travers les traits et les expressions des visages, en montrant les relations compliquées qu’ont engendré le manque et les changements que Suzanne a provoqués dans la vie de chaque membre de cette famille.

    Les cavales de Suzanne sont éludées, ses retours sont des instants de vie bouleversants, tragiques. Pour elle même, pour Nicolas, pour Maria et pour Charlie. La cinéaste choisira même, à un moment, de nous faire partager l’absence de Suzanne. Tout en se consacrant à ses proches, elle nous invite à ressentir la toute puissance que la jeune femme a sur eux, sur leur quotidien, sur leur vécu. Même hors-champ, Suzanne est présente, à chaque seconde.

    Maria, la lumineuse Adèle Haenel, se fragilise et ne fait que survivre à sa disparition, elle qui avait toujours protégé sa grande sœur. Elles sont toutes deux si fusionnelles que le parcours existentiel de Maria est totalement bouleversé par les évènements occasionnés par sa sœur. Son amour est incommensurable, sa volonté de rester droite et fidèle malgré les épreuves lui fait tenir le coup. Sans excès. Aux antipodes de Suzanne. Quant à François Damiens, il joue avec une touchante sensibilité un père chauffeur-routier se consacrant complètement à ses filles, d’une manière malhabile mais tendrement affectueuse.

    Tout l’univers du film transparaît grâce à cette dynamique du récit où les béances temporelles charpentent un mode elliptique dont les répercutions affectives sont poignantes.

    Katell Quillévéré nous révèle une Suzanne qui veut se sentir vivante. Son héroïne est impulsive, vigoureuse, déraisonnable, mais elle est avant tout amoureuse. Et c’est ce que la cinéaste désirait avant tout : faire un « film d’amour de bout en bout, même si il y a un côté sombre, parfois violent ». Elle ne la juge pas. Elle transmet ses envies, sa passion, son irrépressible appétit pour la liberté même si sa quête est éperdue, exaltée et naïve. Sara Forestier la porte avec tant de sensibilité que nous sommes touchés par sa présence et son éclat. Mais ce n’est pas elle que l’on verra dans le dernier plan du film, mais Charlie, son fils, symbole de la transmission et de la continuité de la vie, malgré les épreuves.

    Co-Scénariste : Mariette Désert

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