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HENRI CARTIER-BRESSON au Centre Pompidou

20 mars 2014

« De tous les moyens d’expression, la photographie est le seul qui fixe un instant précis. Nous jouons avec des choses qui disparaissent, et, quand elles ont disparu, il est impossible de les faire revivre. »
  • Disparu depuis dix ans, le photographe Henri Cartier-Bresson est mis à l’honneur à l’occasion d’une très belle exposition au Centre Pompidou. Cette rétrospective, que vous pourrez contempler du 12 février au 9 juin, nous permet de découvrir près de 500 œuvres regroupant en sus des photographies, de nombreux documents tels que des dessins, des peintures ou encore des films. Ce sont les tirages originaux qui nous sont présentés, excepté une photo jugée trop abîmée et dont le retirage fut nécessaire. Cela selon un parcours chronologique relatant plus de 40 années d’une vie riche et mouvementée, nous faisant ainsi découvrir les différentes inspirations qui ont marqué l’artiste au travers des multiples rencontres et voyages de sa vie.

    Les clichés qui ont fait sa renommée croisent bien d’autres images méconnues qui viennent enrichir la pluralité de son travail, autant que la singularité de sa démarche photographique.

    Henri Cartier-Bresson, né en 1908, était issu d’une famille d’artistes. La peinture fit très tôt partie de sa vie et dès la fin des années 20 il travailla cet art dans l’atelier parisien d’André Lhote. Le peintre cubiste lui enseigna la rigueur géométrique, ce qui eut un impact considérable sur son sens de la composition. Son œil aiguisé structurera à la perfection ses photographies dont il refusera toujours le moindre recadrage.

    Dans cette même période il côtoie les surréalistes et effectue quelques collages. Mais c’est lors d’un voyage en Afrique, en 1930, qu’il emporte un appareil photo (un Krauss) et qu’il révèle ses premiers témoignages photographiques. Il devient un spectateur du monde, offrant au regard les fracas des évènements et de l’histoire, tout en privilégiant l’humain.

    A cette époque il se sent proche du Parti Communiste et s’engage politiquement. Il travaille alors pour la presse communiste, comme le magazine Regards, et participe au tournage de trois films de Jean Renoir. Il devient son assistant en 1936 pour « La vie est à nous » et « Une partie de campagne », ainsi qu’en 1939 pour « La règle du jeu ». La guerre éclate : il reste prisonnier en Allemagne pendant près de trois ans avant de s’évader en 1943. L’année suivante il est derrière son appareil photo pour ramener les images des ruines d’Oradour-sur-Glane après l’abominable massacre commis par l’armée allemande. S’ensuivent des photographies de la libération de Paris avant de repartir en Allemagne, avec les alliés, au camp de Dessau. Il y filme et photographie les camps de prisonniers.

    Inlassablement Henri Cartier-Bresson va alors sillonner le globe et retranscrire moult épisodes sociétaux, historiques et politiques du 20ème siècle et les fixer à jamais, autant sur la pellicule que dans nos mémoires. Il devient ainsi un immense photoreporter au sein de l’agence qu’il a créée en 1947 avec ses complices Chim (David Seymour), Robert Capa et George Rodger : Magnum Photos. Depuis la création de cette coopérative qui unit les talents de grands photographes, il traverse la planète et témoigne des derniers instants de Gandhi, du chaos au Kuomintang, de la guerre civile espagnole, de l’indépendance de l’Indonésie,… Il est même le premier photographe occidental à obtenir un visa pour l’URSS après la disparition de Staline en 1954. La plupart de ses reportages sont issus de commandes que l’Agence revend à des magazines, tel que « Life ».

    Henri Cartier-Bresson aime profondément le noir et blanc, et n’a fait que peu de photographies en couleurs, parce qu’il les abhorre. Lorsque l’on observe ses clichés, on se rend compte qu’il privilégie les individus, en ce sens qu’il immortalise les réactions des gens face à l’événement auquel ils assistent. Ce sont leurs regards et l’immédiateté de leurs attitudes qui intéressent le photographe. Le fait majeur est souvent hors-champ, mais il se reflète sur l’image des spectateurs qui y assistent ou qui le subissent. « La photographie doit saisir dans le mouvement l’équilibre expressif », disait-il.

    Mais il fut un moment, à la fin des années 60, où il s’éloigna du photojournalisme pour se diriger vers une image photographique plus adoucie, plus méditative. Il fixa alors son attention sur les paysages et les portraits. Puis, au début des années 70, il laissa de côté son appareil photo pour se dévouer entièrement à ses premiers émois artistiques : le dessin. Il y consacra quotidiennement de nombreuses heures. Nous pouvons en admirer quelques esquisses, comme les autoportraits, ou encore les squelettes d’animaux préhistoriques du Musée d’Histoire Naturelle.

    Cet étonnant voyage artistique, où nous déambulons avec plaisir et curiosité, témoigne de l’incroyable parcours de vie d’un homme aux multiples facettes, qui sut s’exprimer visuellement avec virtuosité. Nous lui laissons les mots de la fin :

    « La photographie est pour moi la reconnaissance dans la réalité d’un rythme de surfaces, de lignes ou de valeurs ; l’œil découpe le sujet et l’appareil n’a qu’à faire son travail, qui est d’imprimer sur la pellicule la décision de l’œil. Une photo se voit dans sa totalité, en une seule fois, comme un tableau ; la composition y est une coalition simultanée, la coordination organique d’éléments visuels. »

    Rétrospective Henri Cartier-Bresson au Centre Pompidou, du 12 Février au 9 Juin 2014, au Centre Pompidou

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