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JOE de David Gordon Green (2/2)

30 avril 2014

« Joe » est un film américain réalisé par David Gordon Green qui renoue ici avec le drame, dans une ambiance lugubre et ténébreuse ancrée au sein de ses racines sudistes. L’histoire se situe dans une petite ville du Texas et dépeint des êtres que les difficultés de la vie n’ont pas épargnés. Ces rednecks se débattent pour survivre dans cette contrée du sud des Etats-Unis où la violence est intrinsèquement présente. Les rapports humains y sont rudes et les rixes, glauques et terrifiantes.
  • Le film s’ouvre sur une « discussion » entre Gary (Tye Sheridan) et son père le long d’une voie ferrée. Le jeune homme n’a que quinze ans mais tente de raisonner cet homme pour qu’il se prenne enfin en main. Le père l’écoute sans dire mot. Sa seule réponse sera de tabasser son fils. Puis il s’éloignera et recevra lui-même une correction de deux hommes venus lui régler son compte. L’entrée en matière de cette relation père-fils est tragique.

    D. Gordon Green nous présente ensuite Joe Ransom (Nicolas Cage), un homme physiquement imposant qui dirige une petite entreprise d’abattage chargée d’empoisonner les arbres défectueux de la forêt avant de les extraire. Il est loyal avec ses employés et ne désire qu’une chose : que le travail soit bien fait. Mais lorsque Joe rentre dans sa maison, protégée par un pitbull terrifiant, il s’adonne à la boisson et vit isolé, sans véritables attaches. Ses seules sorties sont celles d’un bordel et d’une épicerie paumée où il se ravitaille régulièrement. Joe est un individu indomptable qui a déjà fait de la prison et qui a un sérieux problème avec l’autorité. Qu’un policier l’arrête pour lui demander ses papiers est viscéralement intolérable pour cet être insoumis, colérique et passablement volcanique lorsqu’il est contrarié.

    C’est une belle rencontre entre Gary et Joe que le cinéaste va nous narrer. Le jeune homme, qui erre dans la forêt, va tomber sur ces drôles de types qui injectent un poison aux arbres. Il décide alors de demander du travail et Joe accepte de l’engager. L’adolescent est très motivé et Joe s’attache très vite à lui, à sa manière. Gary vit dans un environnement familial en marge de la société, avec une mère paumée, une sœur fragile et muette, et un père (Gary Poulter) alcoolique et abominablement subversif. Il vit dans des conditions de violence inouïes et découvre en Joe une personne qui le respecte, qui est prête à le soutenir. Quant à Joe il s’aperçoit très vite de l’ignominie de cette figure paternelle, au pouvoir dévastateur envers son propre enfant. Il soutient Gary pour qu’il puisse s’extirper de ce cadre nuisible, pour qu’enfin il puisse avoir un avenir décent. Parce que ce jeune homme peut encore s’en sortir malgré le misérabilisme qui règne autour de lui.

    Ce film est névralgique et sombre, bien éloigné des comédies réalisées par D Gordon Green ces dernières années. Il illustre le retour du cinéaste vers une production plus indépendante, en marge des gros budgets : « Un film comme celui-là avec autant d’acteurs professionnels et non professionnels réclame un petit budget. Pour le protéger surtout, et avoir les coudées franches. » Le cinéaste aime « revenir de temps en temps à un cinéma plus exigeant, moins accessible, comme avec « Joe » qui traite de sujets plus sensibles. Des films comme celui-là se font avec une équipe réduite et vos tripes. » Cette volonté confère à « Joe » une plongée en eaux troubles envoûtante, animale, où l’âme humaine se débat sans relâche pour sa survie.

    Le choix du comédien qui interpréta le père de Gary, est une histoire pour le moins cocasse. Gary Poulter était un sans-logis qui vivotait en faisant du breakdance. C’est le directeur de casting du film qui le croisa à un arrêt de bus et qui lui fit passer des essais. Cet homme au faciès saisissant, à qui il manque une partie de l’oreille, est troublant, effrayant dans ce rôle. Il amène à son personnage une expérience de vie que l’on n’ose imaginer. En guise de repères, le père est à l’opposé de tout entendement. Seul son éloignement définitif pourrait être bénéfique et amorcer un début d’avenir pour Gary et sa sœur.

    D. Gordon Green traduit les sentiments et les douleurs de ses personnages avec lyrisme. Il prend son temps, scrute sans concession ces êtres meurtris et marginaux au sein d’un paysage rural aussi sauvage que ses habitants. Il nous expose à la violence, à la bestialité de ces égarés. Avec malgré tout une tentative de s’extirper de cette noirceur, du goût âcre de la décadence.

    La rédemption de Joe et la reconstruction de Gary seraient les petites étincelles menant enfin à l’espérance, si c’est encore possible…

    Drame interdit au -12 ans ; Date de sortie : 30 avril 2014 ; Réalisé par : David Gordon Green ; Avec : Nicolas Cage , Tye Sheridan , Gary Poulter ... ; Durée : 1h57min ; Pays de production : Etats-Unis, 2013 ; Distributeur : Wild Side / Le Pacte

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