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OMAR, d’Hany Abu-Assad

23 novembre 2013

Voilà un magnifique film réalisé par un metteur en scène palestinien qui s’était déjà fait remarquer avec « Paradise now » en 2005 : Hany Abu-Assad. « Omar », qui mérite amplement l’honorable prix du jury « Un certain regard » du dernier festival de Cannes, mêle une histoire d’amour et d’amitié à un thriller politique habilement rythmé.
  • Le film se déroule en Cisjordanie et accompagne trois jeunes hommes palestiniens : Omar (Adam Bakri), Tarek et Ajmad. Sans grande espérance dans l’avenir, ils s’exercent au tir dans le but d’abattre un soldat du Tsahal pris au hasard. C’est leur manière d’entrer en résistance contre ce qu’ils considèrent être une ingérence israélienne intolérable qui perturbe douloureusement leur quotidien. Nous découvrons alors ces jeunes gens dans leur vie journalière au sein d’une ville scindée par un immense mur qu’Omar gravit régulièrement pour rejoindre ses amis et la jeune fille dont il est amoureux, Nadia. Ce mur symbolise à la fois l’humiliation en permanence éprouvée par Omar et son combat quotidien exprimé ici par le passage illégal de cet absurde rempart qui le sépare de ses proches. Comme ils l’avaient prévu, les trois hommes abattent un militaire israélien. La riposte est immédiate et c’est Omar qui est arrêté, brutalisé, torturé. Rami (Waleed Zuaiter), un agent israélien, le soumet à un effroyable dilemme : la liberté en échange de la dénonciation d’un de ses camarades de lutte. Un autre problème, et de taille, envenime cette situation : l’un des siens est un traître, mais il ne sait pas encore qui l’a dénoncé. Omar choisit alors de sortir.

    La manipulation s’infiltre au sein de ce drame où chacun pense utiliser l’autre, manœuvre insidieusement pour parvenir à ses fins. Omar n’est-il qu’un instrument fantoche immiscé dans une guerre silencieuse ? La trame repose sur la suspicion ; la pression psychologique des personnages va crescendo.

    Mais Hany Abu-Assad ne nous présente pas ses protagonistes de manière tranchante. La duplicité de la nature humaine y est perceptible. Rami lui-même nous interpelle parfois par sa séduisante ambivalence, son habileté et son apparente douceur. « Omar » est un film où l’équivoque de la nature humaine entretient avec finesse la confusion des personnages, la complexité face à la loyauté, les interrogations sur leurs propres engagements.

    La dynamique dramaturgique oscille entre de beaux moments de douceur liés à l’inaltérable amour d’Omar pour Nadia, des poursuites haletantes à travers la cité cisjordanienne, ainsi que de magnifiques plans qui cernent les visages et les expressions de chacun face aux épreuves et aux doutes, leur sensibilité, les frayeurs qui les animent. Après avoir réalisé un film sans grand intérêt aux Etats-Unis, Hany Abu-Assad revient aux sources en nous présentant ce film intégralement financé par des capitaux palestiniens. Le comédien Waleed Zuaiter, qui joue Rami, est aussi coproducteur du film : il s’est chargé de trouver les fonds nécessaires voués à faire exister « Omar ». Pour élaborer son scénario, le réalisateur a croisé des personnes qui avaient vécu la terrible expérience de ces arrestations où l’on vous tyrannise jusqu’à ce que vous acceptiez d’être un dénonciateur. L’omnipotence de cette effroyable conjoncture a influé le cinéaste à s’attacher à ces personnages qui souffrent de l’absence de dignité. Comme il le dit lui-même, Hany Abu-Assad participe à un combat pour la liberté en utilisant ce qu’il sait faire le mieux : du cinéma.

    Au centre de ce film il y a l’humain, écartelé par le dissentiment israélo-palestinien qui empoisonne les liens unissant les uns aux autres.

    Quelles décisions Omar prendra-t-il ? Existe-t-il véritablement une solution à ce piège qui l’encercle avec un tragique machiavélisme ?

    Avec : Adam Bakri, Waleed Zuaiter, Leem Lubany

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