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TEL PERE, TEL FILS de Hirokazu Kore-eda

15 janvier 2014

 

Le prix du jury décerné par le festival de Cannes 2013 a été attribué au très touchant « Tel père, tel fils », réalisé par le cinéaste japonais Hirokasu Kore-eda. C’est un film qui nous invite avec beaucoup de tendresse à partager la vie de deux familles bouleversées par l’annonce d’une terrible nouvelle : l’interversion à la maternité, six ans plus tôt, de leurs deux petits garçons.
  • Le personnage principal, Ryoata Nonomiya (interprété par la pop star japonaise Masaharu Fukuyama), est un homme accaparé par son métier d’architecte. La réussite est au centre de ses préoccupations et il envisage déjà une scolarité brillante pour Keita, son jeune fils de six ans, qui est un enfant doux et discipliné, mais qui manque de pugnacité aux yeux de son père. Ryoata, son épouse Midori et leur fils Keita vivent sur les hauteurs de Tokyo, dans un appartement chic, où tout est bien agencé, très ordonné. Aucune confusion ne peut apparemment venir troubler cette vie bien rangée d’une famille modèle. Ce bonheur va pourtant être chamboulé par l’événement le plus invraisemblable qui soit pour des parents : Keita n’est pas leur fils biologique. Il est l’enfant d’un couple qui vit modestement en banlieue, le papa tenant une quincaillerie jouxtant le logement de cette famille qui a trois enfants. C’est avec enchantement que nous faisons la connaissance de Ryusei Saiki, six ans, et de son univers fantaisiste et accueillant. La rencontre entre les deux familles n’en sera que plus insolite. La maternité va conseiller aux parents d’échanger les enfants, de manière progressive. C’est un choc psychologique terrible.

    La question de la filiation est au cœur du récit et bouscule les repères de Ryoata. Car c’est bien de la naissance du sentiment paternel dont parle H. Kore-eda. Il aborde ce sujet du point de vue du père. Etant lui-même papa d’un enfant de cinq ans, et étant très absent en raison de son travail, il s’interroge souvent sur « ce que signifie être père. Est-ce que c’est le lien du sang ? Est-ce que c’est le temps passé ensemble ? » Ce questionnement se manifeste en lui comme une réflexion sur la paternité au sein de la société moderne. En ce sens Ryoata est très proche de H. Kore-eda . Le cinéaste aime parler de son quotidien, des doutes qui l’assaillent. Sa réflexion sur la famille est un thème récurrent dans sa filmographie. Sans vouloir faire une critique de son héros, dont la complexité et la rigidité affleurent de manière troublante, il le pousse dans ses retranchements pour apprendre à se connaître, à éprouver des sentiments qu’il ne soupçonnait pas. H. Kore-eda a cette vertu de savoir attendre, pour voir mûrir calmement les émois et les turbulences des multiples agitations psychiques subies par les deux familles. Sa mise en scène est concise. Elle met méticuleusement en exergue le mode de vie et les coutumes des parents de Keita, ainsi que ceux de Ryusei, sans juger. Avec beaucoup d’humanité et de patience.

    La manière d’appréhender l’éducation des enfants d’un point de vue paternel, dans des cadres sociaux opposés et des mentalités contrastées, induit une méditation introspective libératrice. Le rythme du film nous invite à partager cette réflexion. Nous découvrons d’ailleurs Yudai Saiki comme étant un papa amusant, passant beaucoup de temps avec ses enfants et partageant leurs jeux. Il est très présent, mène une vie pleine de fantaisie, où le plaisir l’emporte sur l’exigence d’une existence prospère aux apparences sociales rigides. La discipline, gageure d’un idéal de réussite, ne peut être une réponse à la nature intrinsèque des sentiments.

    Y. Kore-eda reste encore et toujours un cinéaste attaché à l’enfance. Le regard des deux petits garçons, riche d’une expressivité éloquente, retranscrit l’immense incompréhension face à l’attitude de leurs parents. Ils sont les témoins directs des réactions et comportements paternels, alors qu’eux-mêmes n’ont aucun désir d’adhérer à ces changements qui chamboulent leur existence avec une vive souffrance. Il n’y a pas de cris. Il y a des regards. La joie s’éteint, malgré un désir de bien faire. La violence psychologique est sourde, muette. Et c’est grâce au regard de Keita, par le biais des photos qu’il a prises de son papa en train de dormir, que Ryoata réalisera, avec une émotion sans retenue, que son petit a viscéralement besoin de lui. Y. Kore-eda scrute les visages et les comportements de ses comédiens avec justesse. L’émotion est à vif devant la violence d’un tel événement .Nous ressentons avec une grande tendresse que le cinéaste aime ses personnages. Il partage leurs doutes avec touchante bienveillance.

    Ce cinéaste japonais, avec ce regard plein d’humanité, n’a pas fini de nous émouvoir.

    Avec : Masaharu Fukuyama, Machiko Ono, Lily Franky

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