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Scènes

DES JOURNEES ENTIERES DANS LES ARBRES de Marguerite Duras mis en scène par Thierry Klifa

10 février 2014

Le réalisateur Thierry Klifa met en scène pour la seconde fois une pièce de théâtre et choisit de nouveau la comédienne Fanny Ardant pour en être l’héroïne emblématique. Cette œuvre, écrite par Marguerite Duras en 1954 sous la forme d’une nouvelle, fut quelques années pus tard adaptée par l’auteur en pièce de théâtre, en raison d’une requête de Jean-Louis Barrault qui désirait la monter à l’Odéon. La première aura d’ailleurs lieu en 1965.
  • La pièce relate l’ultime rencontre entre une mère (Fanny Ardant), propriétaire fortunée d’une usine dans les colonies, et son fils Jacques (Nicolas Duvauchelle) qu’elle est venue voir à Paris alors qu’ils ne s’étaient pas revus depuis cinq ans. Jacques est le fils préféré d’une fratrie de cinq enfants, adoré et étouffé par un amour maternel absolu, possessif, aussi démesuré que dévastateur. Ce grand enfant, car c’est ce qu’il est toujours aux yeux de sa mère, est un pitoyable et incorrigible joueur, qui mène sa vie avec indolence, au côté d’une jeune et charmante entraîneuse (Agathe Bonitzer), Marcelle, qui s’attache désespérément à lui alors qu’il ne l’aime pas. Qu’est-ce que cette mère solitaire, qui se sent vieillir, vient donc chercher ? Espère-t-elle encore persuader son fils de revenir auprès d’elle ? Ou ne désire-t-elle que partager avec lui, une dernière fois, cette ivresse embrasée et troublante qui les enchaîne depuis toujours ?

    « Il était blond à en perdre la tête et je pleurais parce qu’il était mortel ». Ce sont les paroles que la mère confie à Marcelle lorsqu’elle évoque son fils. Quand il était enfant, elle laissait Jacques passer des journées entières dans les arbres à chasser les oiseaux au lieu d’être à l’école. Elle ne l’a pas élevé ni éduqué comme le reste de la fratrie : « (…) les autres je les réveillais. Toi non. Toi tous les matins, je n’en avais pas le courage, j’avais pour ton sommeil une vraie préférence. » Ces aveux laissent retentir l’ambiguïté des sentiments de cette femme éperdument amoureuse de son enfant. La toxicité de cette relation éclate par moment avec virulence. Les personnages oscillent entre adoration et dégoût, idolâtrie et aversion, tendresse et agressivité. Jacques lui même est un être ambivalent, à la fois débauché et bienveillant, un enfant terrible aux mœurs parfois douteuses, tout autant qu’un fils attentionné et aimant. La noirceur des dialogues durassiens met en exergue la transgression inhérente à ce texte (qui fut en premier lieu censuré) dont les paroles quelquefois outrancières peuvent paraître socialement dérangeantes.

    Thierry Klifa a préféré rajeunir les personnages de la pièce de Marguerite Duras. Le fils, qui à l’origine a une cinquantaine d’années, est plutôt dans sa trentaine. L’âge de la mère est moindre lui aussi. La dimension charnelle n’en est que plus exacerbée. Fanny Ardant est époustouflante dans ce rôle de mère majestueuse et destructrice qui bouleverse les sentiments les plus profonds avec volupté. Grisée par la passion, elle enivre la scène par sa beauté et son allure. La sensualité de sa voix, caressant et tempêtant les mots de cette romancière qu’elle aime tant, amène à cette héroïne écorchée une profondeur émouvante.

    Marguerite Duras nous touche lorsqu’elle évoque cette mère qui ressemble tant à la sienne. Celle-ci préférait indéniablement son frère aîné et c’est avec beaucoup d’émotion et d’admiration qu’elle parle de cette femme d’une force incroyable, qui affichait clairement quel enfant était son favori et la souffrance que cela entrainait, qui ne percevait dans l’art aucun intérêt, et niait ainsi la passion que sa fille avait pour l’écriture. Cette douleur est omniprésente dans la pièce; et la manière d’évoquer Mimi, la sœur de Jacques restée dans les colonies, est effroyable de cruauté.

    Thierry Klifa a choisi un décor scénique simple, dépouillé, aux tons plutôt sombres, avec des costumes agrémentés de nuances fades et ternes (excepté la robe affriolante de Marcelle lorsqu’elle travaille la nuit). La parole n’en est que plus fracassante. Et la bande musicale d’Alex Beaupain, originale et déphasée, nous emporte avec délicatesse au gré de transitions à l’humeur chagrine. « Des journées entières dans les arbres » est avant tout une histoire d’amour passionnelle dont la démesure vous enflammera.

    Des journées entières dans les arbres de Marguerite DURAS au Théâtre de la Gaîté Montparnasse. Mise en scène : Thierry KLIFA avec : Fanny ARDANT, Nicolas DUVAUCHELLE, Agathe BONITZER, …

    Première : 21/01/14 - Dernière : 30/03/14 - Mardi, Mercredi, Jeudi, Vendredi, Samedi à 21h, Dimanche à 15h30

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LIAISONS DANGEREUSE mise en scène par John Malkovitch

29 avril 2013

Courez au théâtre de l’Atelier où John Malkovich nous offre une mise en scène époustouflante des « Liaisons dangereuses » de Pierre Choderlos de Laclos.
  • L’adaptation du roman n’est autre que celle du dramaturge Christopher Hampton, déjà auteur de l’écriture scénaristique du film de Stephen Frears dans lequel John Malkovich jouait le rôle du Vicomte de Valmont. Le célèbre comédien nous présente une mise en scène audacieuse, subtile, voluptueuse et sensuelle. Il a monté cette pièce avec de jeunes comédiens sortis du conservatoire (qui ont au plus 27 ans) en respectant ainsi la jeunesse des personnages romanesques de Laclos. Si les adaptations cinématographiques nous l’ont souvent fait oublier, la Marquise de Merteuil n’a pas plus de 26 ans, et Valmont n’a qu’un an d’écart avec elle. John Malkovich s’est inspiré des premières lectures effectuées par les jeunes du conservatoire. Elles lui ont insufflées l’idée de montrer au public une répétition. Les comédiens, dont les armatures des costumes recouvrent leurs vêtements, évoluent sur un plateau quelque peu dépouillé. Le metteur en scène a choisi de mettre en exergue le texte en jouant sur l’état émotionnel des acteurs. Il y dissèque la nature humaine tout en insistant sur l’irresponsabilité des deux personnages principaux. Il le souligne lui-même ainsi : « Je voulais insister sur l’aspect infantile de leur psychologie. Si Valmont et Merteuil agissent avec une telle cruauté, c’est parce qu’ils sont incapables de mesurer les conséquences de leurs actes. »

    L’intempérance de la débauche et la pudibonderie se côtoient dans une mise en scène où, iPod et tablettes numériques en main, nos comédiens usent de ces ustensiles contemporains comme d’un art épistolaire.

    Quant aux interprètes, le choix des acteurs et de leur jeu est surprenant. Mme de Merteuil joue avec une masculinité affirmée, Cécile de Volanges a un côté outrageusement loufoque, Mme de Tourvel est campée par une jolie comédienne russo-camerounaise… ; quant à Valmont, il tweete, fanfaronne, filme ses ébats… et cela avec une virtuosité éclatante. Tous les comédiens évoluent devant leurs partenaires de jeu qui, lorsqu’ils ne jouent pas eux-mêmes, s’installent autour du plateau et observent l’interprétation de leurs camarades.

    Cette mise en scène de John Malkovich est pour le moins innovante tout en respectant ce texte somptueux qu’on ne se lasse pas d’écouter. C’est à la fois renversant de cruauté et cocasse, coquin et malveillant, perfide et charnel. Nous y retrouvons l’âme de cette fameuse œuvre littéraire de la fin du 18ème siècle.

    D'après Choderlos de Laclos . Adaptation pour le théâtre Christopher Hampton - Version française Fanette Barraya

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